Jeûne du Ramadan et maladies cardiaques : anticiper avec son cardiologue

Rédigé et relu par le Dr Mahmoud Amine Krimech

Chaque année, la même question revient en consultation quelques semaines avant le Ramadan : « docteur, est-ce que je peux jeûner ? » Il n’existe pas de réponse unique. Beaucoup de patients suivis en cardiologie jeûnent sans difficulté ; pour d’autres, le jeûne comporte un risque réel. Ce qui change tout, c’est le moment où la question est posée : préparée à l’avance, la situation se gère ; découverte en cours de mois, elle se subit.

Une décision individuelle, prise avant

L’évaluation tient compte de la maladie cardiaque, de sa stabilité, des traitements en cours et des pathologies associées, en particulier le diabète et l’insuffisance rénale. Schématiquement :

  • Une situation stable — hypertension équilibrée, maladie coronaire ancienne sans symptôme, traitement inchangé depuis des mois — est généralement compatible avec le jeûne, moyennant quelques aménagements.
  • Une situation récente ou instable demande la plus grande prudence : infarctus ou angioplastie récents, angine de poitrine évolutive, insuffisance cardiaque décompensée, trouble du rythme non contrôlé, traitement en cours d’ajustement. Le jeûne y est souvent déconseillé, au moins temporairement.

Il est utile de rappeler que la maladie fait partie des situations pour lesquelles le report du jeûne est prévu. Un avis médical n’oppose pas la santé à la pratique religieuse : il permet de décider en connaissance de cause, et le cas échéant de rattraper le jeûne plus tard.

Les traitements : réaménager, jamais supprimer

C’est le point le plus sensible et la cause la plus fréquente de complications. Passer de trois prises par jour à deux périodes de prise possibles ne signifie pas sauter des doses au hasard : cela suppose un réaménagement décidé en consultation, parfois avec un changement de forme du médicament.

  • Les diurétiques demandent une attention particulière : associés à une journée sans boire, surtout par forte chaleur, ils exposent à la déshydratation, à la chute de tension et à l’atteinte rénale. Leur horaire ou leur dose est souvent adapté.
  • Les antihypertenseurs peuvent souvent être déplacés vers le repas de rupture ou celui du matin, avec un contrôle des chiffres pendant les premiers jours.
  • Les antiagrégants après un stent ne se suspendent pas. La double antiagrégation plaquettaire est simplement décalée dans la journée.
  • Les anticoagulants imposent une régularité stricte des horaires. Sous antivitamine K, le changement d’alimentation et de rythme peut déséquilibrer l’INR : la surveillance est souvent rapprochée en début de mois.
  • Le diabète traité par insuline ou par sulfamides nécessite une adaptation spécifique avec le médecin qui le suit, en raison du risque d’hypoglycémie en fin de journée.

Aucun de ces ajustements ne s’improvise à la maison. Prendre rendez-vous deux à quatre semaines avant le début du mois laisse le temps de vérifier la tolérance des changements.

Boire, entre la rupture et l’aube

La restriction hydrique pèse davantage sur le cœur que la restriction alimentaire, particulièrement quand le Ramadan tombe en période chaude et que les journées sont longues. Le principe est de répartir les boissons entre la rupture et le repas de l’aube, régulièrement, plutôt que d’avaler une grande quantité d’un coup. L’eau reste la boisson de référence.

Le café et le thé, en quantité importante, augmentent les pertes urinaires et perturbent le sommeil déjà raccourci. Une exposition prolongée au soleil et les efforts physiques intenses en fin d’après-midi sont à éviter : l’activité physique se déplace après la rupture.

Chez les patients traités pour une insuffisance cardiaque avec une restriction hydrique prescrite, la consigne médicale personnelle prime : elle est revue au cas par cas.

Le repas de rupture

Le ftour concentre en peu de temps ce qui pèse le plus sur le système cardiovasculaire : le sel, le sucre et les fritures. Quelques repères simples suffisent à limiter la casse.

  • Rompre progressivement : dattes, eau, soupe, puis attendre avant le plat principal. Un repas très copieux avalé rapidement fait grimper la fréquence cardiaque et la tension.
  • Modérer le sel : la harira et les préparations salées entretiennent la soif toute la journée du lendemain et font monter la tension.
  • Limiter les pâtisseries et les boissons sucrées, qui font flamber les triglycérides et déséquilibrent le diabète.
  • Réduire les fritures et privilégier les cuissons simples, les légumes, les légumineuses et le poisson.
  • Ne pas sauter le repas de l’aube : il raccourcit la durée réelle du jeûne et améliore nettement la tolérance.

Le tabac mérite une mention : la cigarette prise immédiatement à la rupture, sur un organisme déshydraté, est particulièrement mal tolérée. Beaucoup de fumeurs constatent que le Ramadan est le moment le plus favorable pour arrêter — c’est une occasion à saisir.

Les signes qui imposent de rompre le jeûne

Certains signes ne se négocient pas. Ils imposent de rompre le jeûne immédiatement et de demander un avis médical :

  • Douleur thoracique, quelle qu’en soit l’intensité
  • Essoufflement inhabituel, au repos ou pour un effort minime
  • Malaise, vertiges importants, sensation de perte de connaissance imminente
  • Palpitations prolongées ou irrégulières
  • Signes de déshydratation : bouche très sèche, urines rares et foncées, crampes, faiblesse marquée
  • Prise de poids rapide avec gonflement des chevilles, chez un patient insuffisant cardiaque
  • Hypoglycémie chez un patient diabétique : sueurs, tremblements, confusion

Devant une douleur thoracique prolongée, un essoufflement brutal ou une perte de connaissance, il ne s’agit plus de jeûne mais d’urgence vitale : faites-vous conduire sans délai au service des urgences le plus proche.

Après le mois de jeûne

Le retour au rythme habituel se prépare lui aussi : les traitements décalés reprennent leurs horaires antérieurs, et une consultation de contrôle permet de vérifier la tension, le poids et, le cas échéant, le bilan biologique. C’est également le bon moment pour transformer en habitude durable ce que le mois a mis en place — un arrêt du tabac, une alimentation plus sobre, une marche quotidienne.

Pour préparer le jeûne dans de bonnes conditions, une consultation de cardiologie quelques semaines avant le début du mois est le meilleur point de départ ; le cabinet est joignable par téléphone et par WhatsApp.

Cet article a une vocation informative. Il ne remplace pas une consultation médicale : seul un examen clinique permet d'établir un diagnostic et d'adapter un traitement.

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